Alfandary Isabelle, Le scandale de la séduction, d’Oedipe à me #too, PUF 2024
Pour introduire ma démarche je souhaite présenter un premier ouvrage qui aborde des thématiques et interrogations au fondements de ma pratique, le soin de personnes psycho-traumatisées et l’écoute psychanalytique.
Ce livre a pour intérêt d’être écrit par une psychanalyste sur la psychanalyse, dans une démarche honnête et critique. Je trouve la réflexion de Mme Alfandary (1) sur sa propre discipline originale, audacieuse et salutaire. Dans le cheminement de ses précédents travaux (2), l’auteure vient interroger ici les origines de la psychanalyse, l’inestimable découverte du pouvoir de la parole des malades sur leurs symptômes (la « talking cure »), mais aussi ses paradoxes et ses points aveugles, en particulier la non prise en compte dans le traitement, par S. Freud son « père fondateur », de la réalité matérielle et sociale des agressions subies par les patient(es). Avec l’hypothèse que ces derniers ne sont surement pas sans incidences sur les récriminations épistémologiques dont elle a de tout temps fait l’objet, mais également sur son évolution sociétale actuelle et son devenir.
On a reproché souvent à la psychanalyse de ne pas être une science au sens où est scientifique ce qui peut-être empiriquement opposable (3)
Mais plus concrètement, de quoi parle ce livre ?
Il reconnait la position ambiguë tenue jusqu’alors par la psychanalyse et la questionne à partir des impensés de ses origines, de ce qui est resté non traité puis refoulé de sa théorisation, et qui ne cesse de faire retour du dehors dans les récriminations qui lui sont régulièrement adressées. Autrement dit l’auteur comprend le mutisme de cette discipline comme un symptôme au sein de son corps institutionnel, et la manifestation d’un conflit interne non résolue.
En effet comment se fait-il que jusqu’au 21ème siècle, à l’époque de #metoo et de la libération de la parole des victimes d’agression sexuelle sur la scène politique et sociétale, la psychanalyse est-elle restée en marge et silencieuse alors qu’elle fut la première à se mettre à l’écoute de leur parole, il y a plus de 100 ans maintenant ?
Tout a commencé dans les cabinets privés et les hôpitaux dans les année 1900, à une époque où les femmes étaient cantonnées à la vie domestique et ne pouvaient rien sans l’ autorisation de leur époux à qui elles devaient obéissance, au même titre que les enfants.
S. Freud neurologue (et ses contemporains Breuer, Janet, Fliess, Ferenczi, etc) consent sur demande de sa patiente Anna à ne plus diriger l’entretien tel que le veut l’interrogatoire médical d’usage, mais à « la laisser librement dire ce qu’elle a à dire ». Il découvrent alors que ces femmes qui présentent des symptomes « hystériques » (terme médical de l’époque, avant que celui-ci ne soit galvaudé) souffrent dans leur âmes et dans leur corps des réminiscences d’agressions sexuelles dans l’enfance. « l’hystérie provient d’une séduction précoce, d’un “effroi sexuel présexuel”4. C’est la découverte de l’inconscient, du refoulement, mais également de la « psycho-analyse », c’est à dire de la cure par la parole avec la technique de l’association libre, celle qui accepte de prêter l’oreille à tout ce que les femmes, et plus généralement les malades, cherchent à dire avec la façon dont ils ont de le dire. Il fonde ainsi la « théorie de la séduction », aussi appelée « neurotica », qu’il abandonnera 3 ans plus tard pour privilégier la conceptualisation de la vie fantasmatique avec la seconde « théorie sexuelle infantile ». Mais comme l’e dit Mme Alfandary « Rejeter les bases ne peut que fragiliser l’édifice construit dessus ». Cette seconde théorie est d’une profonde richesse car construit les notions clefs du fonctionnement psychique tel que les pulsions (énergie psychique qui vient du corps), fantamses, et les topiques qui en suivent (ca, moi, surmoi, conscent, inconscint, préconscinet). Mais sans la reconnassncz de la réalité materielle de la séduction, la théorie de la a séxualité infaintile qui ne traite que la diemnsion frantsmatique jette la confusion et l’indifférenciabilité entre rélatié et fiction, et de la résponsabilité qui en découle.
Dans ce premier texte, reconnu comme la genèse de la discipline, les psychanalystes observent que dans chaque histoire de patient présentant une névrose hystérique est retrouvé un attentat brutal ou un commerce sexuel progressif dans l’enfance. Ils défendent qu’une sexualité prématurée chez l’enfant avant la période de maturité sexuelle a très souvent des effets pathogènes. Ce qui est une intuition profonde de Freud est démontrée par les statistiques de sa clinqiue, celle de ses confrères, et se retrouve dans les découvertes et articles de l’époque.
Il obseve trois types de cas :
-Un viol par un étranger
– un inceste ou commerce sexuel durable avec un proche adulte
Un inceste par frere et/ou soeur
La séduction étant de nature sexuelle, elle est foncièrement traumatique chez l’enfant. Emma, la première patiente, n’invente pas les attentats sexuels subis et Freud les reconnait. Et lorsqu’il parle de « l’erreur de l’hystérique », ce n’est pas sur la vérité du vécu mais à l’endroit de l’interprétation et de la cause. Car celle-ci est recherchée à un niveau logique dans les souvenirs conscients, or l’ événement inaugural s’avère en fait beaucoup plus ancien et précoce, non accessible car refoul, et réactié dans un second evenement plus récent. Les hystériques ne simulent pas et ne mentent pas, la réalité de la séduction subie existe bien. Les troubles psychiques ne sont donc pas endognes et constututionnels, mais les conséquences d’agression dans la réalité passée lointaine.
Mais il faut ici rappelé le contexte culturel et social de l’époque. Ces constats se font dans une société structurée autour des nons-dits sexuels et du pouvoir paternel. L’objet de sa recherche médicale débouche sur un scandal social faisant vasciller la clef de voute de la structuration collective de l’poque, la famille traditionnelle construite sur la puissance paternelle et des institutions médicales exclusivement masculines. Car il met en lumière que l’équilbe collectif repose sur des abus totalitaires de père tyranniques et agresseurs, et que les manifestations de patientes dites folles dénoncent sans le savoir à leur corps défendant. Aussi l’ambivalence grandie en Freud, embarassé de cette découverte, et commence à maquiller ses cas. Bien souvent dans les écrits, la responsabilité est renvoyée aux nurses et domestiques, soit des personnes extérieur au foyer, préservant ainsi les figures parentales et la morale bourgeoise de l’époque. Les enfants y apparaissent délaissés par leur parents, en situation de vulnérabilité. Et c’est dans des courriers postérieurs que Freud revient sur ses cas et confie auprès de ses confrères l’identité de l’agresseur comme étant le plus souvent le père ou un homme de la famille. Ce rétropédalage vient protéger les pères incestueux, mais aussi sa propre réputation et celle de sa nouvelle science. Toute sa vie durant, il fera des allers-retours sur cette première théorie dans des huits clos épistolaires, comme si elle était restée inaboutie, irrésolue et fait cas de conscience.
Toujours , la séduction ( a entendre aujourd’hui comme agression) exercée sur autrui est une répétition de séduction subie par le passé. N’ayant pas la maturité physiologique, l’enfant n’est pas en mesure par lui meme de trouver la voie qui mène à l’agression sexuelle s’il n’ y a pas été introduit, ce n’est jamais endogène. Pour séduire il faut avoir d’abord été soit meme séduit. C’est une répétition par un passage à l’acte.
Toutefois il faut préciser que ces agressions subies ne vont pas obligatoirement avoir un effet pathogène.
Les symptômes hystériques se manifestent le plus souvent à l’adolescence avec l’émergence de la maturité pubertaire et la potentialité du sexuel. Ils s’expriment comme des manifestations somatiques inéxplicables qui gâchent la vie de l’individu. Ce sont des souvenirs inconscients déguisés qui se manifestent là où une partie du sujet effacé, oublié, et qu’on nomme réminiscences. Il y a trouble de la pensée par les affects. C’est a dire que les émotion sont d’une intensité et d’une constitution qui dépasse les capacité d’intégration, elles court circuitent le raisonnent et la possibilité d’intégrer ce qui se passe. Ces observations révèlent l’éxistence de l’inconscient et du refoulement, notion clef, qui est l’éffort fait par le psychisme pour oublier et relarguer dans les profondeur de l’être une représentation pénible ( image, impression, pensée). Cette lutte entre une intention qui veut se faire connaitre et la censure que l’on se donne ouvre au conflit psychique.
Par l’effet de la parole libre, les noeuds du conflit se relachent et les traces mnésiques de l’inscription refoulée peut être libérer et remémorée. Les connexions logiques faites spontanément lors des association d’idées permettent d’y accéder. Par la remémoration et l’éxpresion verbales, les symptomes disparaissent.
notes bas de page :
1. Isabelle Alfandary est professeur universitaire, spécialiste littérature américaine, philosophe et psychanlayste.
2. Alfandary Isabelle Science et fiction chez Freud: Quelle épistémologie pour la psychanalyse ?
3. voir les travaux de K. Popper
4. J. Breuer et S. Freud, Étude sur l’hysterie, 1895 PUF